Cöte-d’Ivoire: la réconciliation passe-t-elle par la formation d’un gouvernement d’union nationale?

May 31, ’11, 10:15 PM
 
 
 
Le  président Ouattara a été investi le 21 mai dernier à Yamoussoukro, la capitale politique de la Côted`Ivoire. Cette étape constitue le début officiel de l`exercice de son mandat qui doit durer cinq ans. Mais à peine les festivités terminées, une question préoccupe les Ivoiriens. À quoi ressemblera le futur gouvernement?
 
 
Le  président Ouattara n`a pas tardé à répondre en partie à cette question. Dès le dimanche 22 mai, il annoncé qu`il reconduisait le Premier ministre actuel, Soro Guillaume.  Une décision qui n`a pas vraiment surpris même s`il a dû en donner les raisons. En effet, durant le deuxième tour des élections présidentielles, il avait fait la promesse de confier ce poste au PDCI RDA, un parti dont l`implication a été décisive dans la victoire contre l`ancien président. Il a expliqué que ce choix s`imposait en raison des séquelles de la crise postélectorale, et qu`en temps opportun, il tiendra sa promesse.
Dès lors, les yeux se sont tournés vers le Premier ministre. L`homme, il est vrai a l`expérience en la matière. Mais cette fois, la tâche ne consiste pas simplement à attribuer des portefeuilles. Après les profondes meurtrissures causées par la crise postélectorale, les Ivoiriens savent que le retour à la normalité passe par la réconciliation. D`ailleurs le nouveau président n`a de cesse de parler de réconciliation dans tous ses discours. Pour beaucoup d`Ivoiriens, la formation d`un gouvernement d`union nationale serait une traduction dans les actes de cette réconciliation voulue de tous.
L`Union africaine, lors de sa réunion du 10 mars, à Addis-Abeba, a également invité le président Ouattara à former un gouvernement dans lequel toutes les formations politiques pourraient siéger.
 
L`idée n`est pas nouvelle. La pratique a des précédents. Pour mettre fin aux  violences tribales meurtrières qui ont suivi les récentes élections au Kenya, l`on a eu recours à un schéma de gouvernement national dans lequel le président gardait le pouvoir et son adversaire obtenait le poste de Premier ministre. Il en fut de même au Zimbabwe. Il faut reconnaître que dans chacun de ces cas,  les tensions ont fortement baissé. Faut-il y voir un lien de cause à effet? Sans doute. Mais si cela est avéré, le partage du pouvoir serait-il le meilleur gage de la cohésion sociale? C`est ce que semblent penser nombre d`observateurs qui encouragent le président Ouattara  à aller dans ce sens. Mais à peine son Premier ministre s`est-il mis à la tâche que le FPI, le grand parti de l`opposition, par la voix de son 3 evice-président, exprime son manque d`enthousiasme face à cette idée.  Se prononçant sur cette question lors d`une entrevue à Rfi, il a répondu ceci : «  Mais ma propre position, c’est que l’Afrique n’a pas besoin de gouvernement d’union. Et lorsque l’on va aux élections et qu’il y en a un qui gagne, ma philosophie c’est qu’il prenne l’entièreté du pouvoir, qu’il l’assume complètement pendant la durée de son mandat. »
 Il a continué en disant que son ambition était de reconstruire son parti et lui permettre d`offrir une alternative crédible dans cinq ans.
«Ce refus de la main tendue » a fait des mécontents dans son camp comme dans celui d`en face. Ceux de ses partisans qui se voyaient déjà ministrables n`ont pas dû apprécier.
Et pourtant il convient de saluer le courage dont il a fait montre. La démocratie repose sur des principes que les hommes politiques africains ont tendance à ignorer. La défaite électorale est parfois vue comme une humiliation qu`il faut conjurer  en négociant quelque strapontin. Un homme politique ivoirien s`est ainsi rendu célèbre en déclarant qu`il « n`avait pas la culture de l`opposition ».
Une joute électorale n`est pas  une simple opposition entre  des  candidats qui rêvent tous d`occuper la magistrature suprême. Bien plus, elle permet de choisir entre des visions ou des programmes de gouvernement différents. En Côte d`Ivoire, par exemple, le contraste entre les plateformes électorales des candidats au deuxième tour était saisissant. Alors que le candidat Ouattara offrait un programme lisible et convaincant, le candidat Gbagbo agitait l`épouvantail de la peur, multipliait les calomnies contre son adversaire, s`autoproclamait défenseur du nationalisme. Naturellement, les électeurs ont préféré l`optimisme au pessimisme. Ils ont certes choisi un homme, mai ils ont avant tout adhéré à un programme. Mamadou Koulibaly ne dit pas le contraire lorsqu`il affirme qu`après le premier tour,  « (…) il était encore possible de gagner. Si nous avions eu un discours plus rassembleur, si nous ne nous étions pas focalisés sur les discours qui divisent, qui affaiblissent, c’était un moment clé. »
Les Ivoiriens ont donc à cœur de voir leur nouveau président au travail. Ils attendent avec impatience de voir se réaliser les promesses électorales. Or cela ne peut être possible que s`il a les coudées franches, s`il est libre de toute entrave.  Cela est difficilement envisageable dans un gouvernent d`union, souvent comparé à un panier à crabes,  où il devrait composer avec un parti ou des partis de sensibilité différente.
Une démocratie naissante et fragile a besoin de bases solides.  Cela passe par la présence d`une opposition  crédible capable d`assurer l`alternance, de dénoncer les travers du parti au pouvoir et de faire des propositions concrètes et réalistes.
Ainsi donc, pour réussir sa mission, le président de la république a besoin d`une opposition forte, d`un FPI restructuré, composé d`hommes et de femmes capables de participer à la vie de la nation grâce à leurs idées. Sinon, ce serait le retour à la pensée unique, le triomphe des flagorneurs et autres « griots » champions dans l`art de promouvoir le culte de la personnalité. Ceci vaut pour bien d`autres pays où malheureusement, le parti au pouvoir consacre trop d`énergie à écraser son opposition dans le seul but d`éviter d`entendre des voix discordantes. La conséquence, quand cela réussit, est l`émergence d`alternatives  peu démocratiques pour combler le vide ainsi créé. Cela est peu souhaitable.
 
Jacques Touré
 
 
 

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